
L'histoire de la CB, c'est un peu une histoire de motars, ca
commence au Continental Circus et ca se termine au circuit de
Francorchamps. Mais est-ce vraiment fini ?
Et si c'était un scénario de film ?
Première séquence: La scène se déroule
au Continental Circus ; dans une ambiance de fin du monde. Une
dizaine de fumeurs de Cannabis sont réunis dans ce
café de Braine-le-Comte.
Olivier, le patron, est mort depuis huit mois. Mais la
décoration est toujours la même.
Olivier, ami d'adolescence , ancien champion de Belgique de vitesse
pure, s'est tué en compétition. Il est tombé
de sa moto et fracassé le crâne sur les
barrières de sécurité.
Et moi , petit batteur de reggae mystique à la recherche
d'une expérience transcandentale , je l'ai remplacé
au bar durant huit mois.
Il faut vous dire que quand il est partis ce tuer sur ce circuit
flamand, il m'avait demandé de tenir son café durant
son absence et moi comme j'étais sans travail, (j'avais
été obligé de retourner chez ma mère et
je ne savais pas quoi faire), et que je répétais dans
ce café tous les week-end avec un groupe de reggae, j'ai
accepté d'y rester, après la mort d'Olivier, à
la demande de son frère, sans trop me poser de
questions.
Mais maintenant, c'est finis; épuisé par une lutte
incessante pour essayer de concilier la volonté de Pascale,
la veuve d'Olivier de faire de ce café, un musée
à la mémoire de son fiancé disparut et celle
de Jean-Claude, l'ami de toujours, d'en faire quelque chose de
rentable, j'ai décidé d'arrêter. De remettre
gratuitement le café à Jean-Claude, sous la pression
de Jan et Pascale et de partir habiter un peu plus loin dans la
même rue.
Je suis dans un drôle d'état psychologique. Durant ces
huit mois, j'ai vécu une histoire d'amour avec une fille du
coin assez arrangée. Toute petite, elle a surpris ses
parents pendus dans leur grenier, morts, suicidés. Sa
sœur et elle ont été élevées par
leur grand-mère. Sa sœur est devenue toxicomane puis
est rentrée dans une secte et elle, est devenue
éducatrice.
Pendant quelques temps, je dormais chez elle. Jusqu'à ce
qu'elle tombe enceinte et ne veule pas garder l'enfant, à
mon grand regret.
Il y a donc beaucoups d'absents, ce jour là au
Continental.
Mais il y a aussi des présents, dont Manu, fils
d'immigrés Espagnols, animateur dans une école de
Braine, poursuivis par la mort de son frère Xavier ,
survenue quelques années plus tôt. Xavier est
tombé dans une carrière de Soignies, après
avoir pris du LSD.
Il y a donc au moins trois fantômes dans cette pièce !
Au moins, car la veille, un vieux voisin, qui vivait avec sa femme,
dans une petite maison, dans une ruelle à coté du
café est décédé. Et sa veuve est
venue me chercher pour me parler de son mari devant une tasse de
café et me montrer le mort dans son lit.
Alors que tout le monde se lève pour la fermeture, Manu et
moi, ivres de Cannabis, nous caressons les fantômes que nous
sentons dans l'air, autour de nous .
Ils nous semblent réellement perceptibles bien que
méconnaissables.
Manu, qui a connu la dictature Franquiste, a beaucoup plus de
caractère, de volonté, de fierté et de
violence contenue que moi. Cheveux noirs et bouclés, blouson
de cuir noir et corps musclé, il exerce un ascendant
énorme sur tous les jeunes de sa Cité à
Soignies.
Intellectuel, spécialiste de la bagarre de rue, artiste
doué, c'est un conteur captivant, surtout qu'il a toujours
un gros morceau de haschich de la meilleure qualité dans sa
poche,. Haschich dont il fait un usage généreux en
compagnie de tous ceux qui veulent bien l'écouter.
Avant de nous quitter, nous effectuons une espèce de danse,
proche du Taï-Chi-Chuan, essayant de percevoir avec nos mains
les fantômes qui nous entourent et nous nous promettons de
nous revoir bientôt.